“Nous sommes une grande famille”
“Mon entreprise, c’est mon bébé”
“Jamais je ne vendrai, j’y suis trop attaché”
Le registre émotionnel de la sphère personnelle n’a pas sa place dans l’univers professionnel.
Adopter cet état d’esprit est une voie de garage.
En tant que fondateur, chef d’entreprise ou manager, vos émotions ne doivent jamais dominer vos analyses et réflexions.
Fonctionner avec trop d’affect, c’est l’assurance de prendre les mauvaises décisions, ou pire de ne pas en prendre du tout !
Vous devez rester professionnel en toutes circonstances, afin d’aborder les challenges qui se présentent à vous dans les meilleures conditions. Vous pourrez identifier correctement les signaux faibles, adapter votre stratégie, et surtout ne pas craquer sous la pression.
Voici trois retours d’expérience issus de mon parcours, avec les leçons à en retenir :
1️⃣ En 2010, je lance le comparateur de prix Prixing et lève 1.5M€ pour le développer. Au bout de trois ans, nous réalisons 500k€ de CA et les perspectives sont mitigées. Suffisamment de potentiel pour aller chercher quelques millions, mais sur un marché fracturé et à l’internationalisation compliquée. Je fais une analyse de coût d’opportunité et arrive à la décision que je dois stopper le projet pour passer à autre chose et tenter de faire mieux.
✅ Je n’ai pu établir cette conclusion que parce que je n’avais absolument aucun attachement émotionnel à Prixing, alors que j’y avais pourtant consacré trois ans de ma vie en obsession totale de la réussite de ce projet. On peut travailler sans relâche sur un sujet, mais il faut toujours être en capacité de prendre du recul.
2️⃣ Dans ma dizaine d’entreprises créées, j’ai recruté et managé des centaines de personnes. Je n’ai jamais tenté de faire de mes collaborateurs mes amis, ni essayé de vendre en interne le concept fallacieux du “nous sommes une grande famille”. J’étais très peu présent aux évènements internes, et pas vraiment adepte des discussions à la machine à café.
✅ Le secret du bon manager, ce n’est pas d’être aux petits soins de ses collaborateurs ou de les écouter raconter leur week-end à la pause. C’est de faire en sorte qu’ils arrivent le matin avec le sentiment de participer à quelque chose d’utile, constructif ou qui a du sens. Et cela passe par un environnement professionnel sain, basé sur la confiance, le respect et l’engagement.
3️⃣ Bien évidemment, j’ai commis mon lot d’erreurs et ai laissé parfois l’affect me jouer des tours. Fin 1999, alors jeune dirigeant, un salarié fraîchement arrivé avait un souci de caution pour prendre un appartement. Me voyant en position de l’aider, et juste parce que je pensais que c’était la bonne chose à faire, je l’ai aidé en me portant caution solidaire et lui ai même fait un petit prêt. La situation n’a pas manqué de tourner au vinaigre, le salarié se sentant protégé ou spécial dans l’entreprise et moi n’arrivant plus à gérer une situation où tout s’était mélangé. J’avais clairement commis une faute, et j’ai payé ensuite l’addition, aussi bien financière que mentale !
✅ On peut être bienveillant ou “humain” sans pour autant se substituer aux responsabilités personnelles de ses subordonnés. Sans aller jusqu’à penser qu’une entreprise, c’est comme une montgolfière (qui a la réf ?), il faut savoir rester dans son couloir de nage.
En résumé, se détacher émotionnellement en environnement professionnel permet :
1, de prendre des décisions plus rationnelles et stratégiques
2. d’avoir une forme de management saine et efficace
3. de protéger sa charge mentale !
Tout est toujours une forme d’équilibre.
Il ne s’agit donc pas non plus de se transformer en machine dénuée de sentiment.
Cependant, la tendance générale de l’humain étant d’aller dans l’émotionnel en toute circonstance, il est important d’en être conscient pour savoir le corriger.
- émotions
- management
- décision
- charge mentale