Un format mondial, adapté tardivement en France

L’émission “Qui veut être mon associé ?” (abrégée en QVEMA) est l’adaptation d’un format mondialement connu : Shark Tank aux USA, Dragon’s Den en Angleterre, etc. La France a été en réalité un des derniers pays à l’adapter, et on peut comprendre pourquoi : parler d’argent et de réussite business à la télé n’est a priori pas trop dans notre ADN franchouillard.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’émission, le principe est de proposer à des entrepreneurs de venir présenter leur projet devant une ligne de 5 investisseurs qui chacun va ensuite décider d’investir ou non.

En 2018, Nicolas de Tavernost, alors dirigeant de M6, décide qu’il est temps de tenter l’expérience. Malgré le front de ses équipes qui lui disent que le risque est trop important, il pousse pour lancer la production du programme auprès de Sony (propriétaire du format). Celle-ci est confiée à Ombline Rousseau et Jérémy Henriet, deux producteurs artistiques de talents, habitués des formats complexes.

La première étape est de réaliser le casting des investisseurs : ils doivent être des entrepreneurs reconnus, avec suffisamment de ressources personnelles pour leur permettre d’investir et surtout l’envie de s’afficher dans un programme TV et de se prêter au jeu. Pour construire leur liste, Ombline et Jérémy partent du classement Challenges des 500 fortunes de France. Je n’y suis pas et à ce stade de l’histoire je n’ai absolument aucune raison objective de m’y retrouver mêlé. Sauf que…

Une coïncidence dans un bureau vitré

Ombline et Jérémy, sur les recommandations d’une de leurs connaissances, décident d’aller rencontrer Pascal Gauthier, alors DG chez Ledger, afin de lui présenter le programme. Le rendez-vous commence et Pascal s’aperçoit assez vite que l’émission a une définition plutôt large de la notion de startups, notamment sur l’objectif assumé de s’éloigner des secteurs de la tech pour des sujets plus “mainstream”. Ce n’est pas trop son truc, et il préfère passer son tour. La conversation se tourne donc naturellement vers une conclusion polie et Jérémy demande ce que fait Ledger exactement. Pascal lui explique rapidement, en me citant comme l’un des fondateurs. Jérémy répond immédiatement : “Éric Larchevêque ? Mais je le connais ! C’est un joueur de poker !”.

Et parce que la vie est faite de coïncidences magnifiques, au moment même où il dit cela, je passe devant le bureau de Pascal. Les portes étant vitrées, il me fait signe et m’invite à le rejoindre.

J’entre dans la pièce et avise Jérémy et Ombline. Je comprends tout de suite qu’ils ne sont pas de notre monde. Ce ne sont pas des techs, aucun doute sur le sujet. Mais quoi alors ? Des journalistes ? Pascal m’explique brièvement la raison de son invitation et me dit que Jérémy ici présent me connaissait du temps du poker. Il se présente alors et raconte le pourquoi du comment de sa présence chez Ledger. Ils sont déjà debout, prêts à partir.

“Shark Tank ? Attendez, asseyez-vous. Moi, ça m’intéresse”.

Je me lance alors dans une diatribe leur expliquant pourquoi le programme avait toutes les chances de marcher en France, pourquoi il allait se révéler d’utilité publique pour les entrepreneurs et enfin pourquoi il fallait absolument qu’ils me choisissent MOI comme membre de leur jury d’investisseurs.

Je ne sais pas quelle mouche m’a piqué. 5 minutes avant je n’avais jamais ne serait-ce qu’envisagé de faire de la TV et voilà que maintenant il semblerait que ce soit la chose au monde la plus importante pour moi ! Toujours est-il que je conclus en disant à Ombline : “Note mon numéro de téléphone dans ton carnet, je veux faire partie du casting”.

Je viens de mettre le pied dans la porte.

Le banc de touche

En janvier 2019, six mois après notre première rencontre, Ombline me recontacte. La production a pris du retard, mais ils ne m’ont pas oublié. Un autre rendez-vous est pris où je rencontre la direction de Sony Pictures Television Production. Tout se passe très bien, et on me propose alors de rencontrer les personnes clés de chez M6. C’est le grand oral ! Je m’en sors visiblement bien puisqu’en mars Ombline me contacte à nouveau pour m’informer que tout le monde aime bien mon profil, mais qu’il y a deux problèmes un peu insolubles…

Le premier c’est que Ledger est sur un secteur incompréhensible pour les téléspectateurs. Impossible de parler de Bitcoin en prime time, on va perdre tout le monde.

Le deuxième, et là c’est vrai que je pars de loin, je suis totalement inconnu du grand public. Pour lancer l’émission, ils ont besoin de noms un peu médiatiques sur des business qui parlent à tout le monde.

Cependant, ils sont prêts à me proposer une place de remplaçant.

Si quelqu’un tombe malade, il faudra bien tourner l’émission quand même, impossible d’ajourner avec toute la logistique qu’il y a derrière. “Aucun problème, vous pouvez compter sur moi !”. Je me dis à ce moment-là que la meilleure approche, c’est d’être le plus pro possible et de me mettre au service de l’émission, même si ça signifie d’être sur le banc de touche.

Le pied est toujours dans la porte !

Les essais

Vient le jour des essais, fin mai 2019.

Lorsque je débarque sur le plateau, les 5 investisseurs titulaires sont déjà en plein travail. Il s’agit d’une prise en conditions réelles, avec de vrais entrepreneurs qui n’ont pas passé les dernières étapes du casting mais qui jouent tout de même un moment important pour eux.

Et il faut dire que c’est un peu le bordel sur le plateau… Tout le monde parle en même temps, et les discussions sont assez confuses. Ce n’est pas gagné. Et à un moment, vient mon tour de faire les essais.

Je sais que je n’aurai que peu d’occasions de m’asseoir dans ce fauteuil, donc j’ai plutôt intérêt à faire bonne impression.

J’aime à penser que la chance, c’est l’opportunité qui rencontre la préparation.

L’opportunité, j’ai su la reconnaître et la saisir au bon moment. Je n’ai pas hésité à dire que j’étais intéressé et à insister (lourdement) pour faire partie du casting. Il y a des moments où il faut être direct et ne pas s'embarrasser de fausse modestie. Si vous ne prenez pas les choses en main, personne ne le fera pour vous.

Mais il faut aussi savoir mettre son égo de côté au bon moment. Lorsque l’on m’a proposé d’être remplaçant, j’ai bien compris que ma meilleure stratégie était d’être le plus utile possible quitte à être la troisième roue du carrosse.

Quant à la préparation… Avant de venir m'asseoir dans le fauteuil, j’avais travaillé : j’avais en effet visionné plus d’une centaine d’épisodes de Shark Tank et Dragon’s Den afin de bien comprendre les mécaniques du programme et surtout apporter à la production les éléments dont ils ont besoin. Des phrases courtes, des synthèses percutantes et qui ménagent le suspens, de l’authenticité, de l’émotion, etc.

Et cela a payé. Après mon essai, Jérémy vient me voir et me dit que j’ai été plutôt convaincant. On me propose même 3 dates de tournage, et je fais mon entrée officielle dans l’émission.

Remplaçant au pied levé

Je me retrouve donc, contre toute attente, casté dans “Qui Veut Être Mon Associé ?” aux côtés des jurés de la première saison, dont Marc Simoncini, Frédéric Mazzella et Catherine Barba. Je vais remplacer l’un ou l’autre de temps en temps, me donnant une première petite visibilité pour cette première saison.

Une veille de tournage, Marc Simoncini a l’excellente idée de manger des huîtres pas fraîches. Il est cloué au lit le lendemain et on m’appelle pour que je le remplace au pied levé. Un autre jour, c’est Frédéric Mazzella qui a un empêchement, et là encore je le remplace.

Au final je vais faire 50% des journées de tournage et faire une demi-douzaine d'investissements. Et surtout prendre un immense plaisir lors des pitchs.

La grande question qui reste ouverte est de savoir pourquoi j’ai tellement tenu à rejoindre l’émission. Il faudrait que je m’allonge sur un divan pour y répondre, mais je pense qu’il y a trois éléments majeurs : l’ego forcément, l’envie de porter les couleurs de l’entrepreneuriat et le sentiment que j’allais adorer l’expérience en elle-même.

QVEMA contribue à l’éducation entrepreneuriale (et financière) du grand public, et rien que pour cela elle joue un rôle d’utilité publique. Et le succès ne démord pas, puisque nous attaquons la sixième saison en ce début 2026.

Quant à ce que j’en retire, au-delà de l’évidente visibilité, c’est vraiment le bonheur renouvelé chaque année de retourner sur le plateau et découvrir de nouveaux projets, et de nouveaux entrepreneurs.

Alors j’espère que vous prendrez autant de plaisir à regarder l’émission que j’en ai eu à la tourner.

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