Il y a deux semaines, les nouvelles se sont arrêtées sur un rapport rendu au plus haut niveau européen : « the future of European competitiveness. »
Deux chiffres du rapport ont retenu mon attention, vous allez voir pourquoi :
- Un, l’investissement des « venture capital » en Europe est inférieur de 80% à chaque stade de développement du projet comparé aux États-Unis.
- Deux, 30% des licornes fondées en Europe ont en grande majorité délocalisé leur siège aux États-Unis.
En bref, ce n’est pas très heureux, il y a moins d’argent et moins d’innovation.
Je vous entends donc vous dire la mine sombre : à quoi bon rester en Europe ? Et plus largement, faut-il s’expatrier pour réussir ?
Regardons un peu en arrière.
Brasov, Roumanie
Au début des années 2000, j’étais à la tête du groupe Montorgueil. Le succès était indéniable mais on sentait qu’on commençait à toucher un plafond de verre sur le marché français.
Nous devions accélérer le recrutement. Et ça tombait bien vu qu’à l’époque la possibilité de recruter des développeurs ou des graphistes dans les pays de l’Est était très à la mode. On a étudié la question à fond et, banco, direction Brasov en Roumanie à la fin de l’année 2001 !
Il s’avérait qu’à l’époque, j’étais fatigué, très fatigué. J’avais passé 5 années sans vacances et avec des nuits courtes. L’opportunité est arrivée à point nommé : j’irais là-bas gérer les équipes, le recrutement etc. (aussi pour profiter du snowboard hors piste des montagnes de Transylvanie, sans oublier bien sûr le château de Dracula).
Mais au bout de quelques années, j’ai fini par tourner en rond et à ressentir de plus en plus le poids d’avoir choisi un endroit isolé avec une vie sociale somme toute limitée.
Riga, Lettonie
Par une série de péripéties, ras-le-bol et coups de tête (que je raconte en détails dans mon livre) j’ai décidé de m’expatrier à nouveau, mais cette fois-ci à Riga, en Lettonie.
Le pays était en plein boom économique, les filles étaient superbes et la capitale m’a frappé de son charme. J’y suis donc resté quelque temps : j’ai commencé une carrière de joueur professionnel de poker, j’ai fondé le « Dodo hôtel » et, plus important, je m’y suis marié.
Je vous raconte ces expériences pour vous faire réaliser que si l’expatriation n’est pas une étape obligatoire pour réussir dans l'entrepreneuriat, elle a l’avantage de générer de nombreuses opportunités ou a minima d’ajouter un peu de chaos dans votre quotidien. Ce qui m’a surtout différencié de mes pairs, c’est de choisir de partir non pas à l’Ouest, mais à l’Est.
En réalité, je n’ai jamais souhaité décoller vers l’outre-Atlantique, car je trouve que les Américains parlent trop fort. Ils m’insupportent assez rapidement, et si je ne nie pas que tout est possible aux USA, l’expatriation doit avant tout être un choix guidé par un besoin et une envie réelle.
Ainsi, la Roumanie était devenue une véritable option pour internationaliser le business et, sur le plan personnel, pour lever le pied et me redonner un coup de fouet. La Lettonie, elle, était une nouvelle aventure qui se présentait après le ras-le-bol roumain et une envie de rebattre les cartes.
Ce qui est le plus difficile, c’est d’identifier ce dont on a besoin car en tant qu’entrepreneur vous savez à quel point les événements peuvent nous monopoliser et nous forcer à garder la tête dans le guidon.
Les effets de mode
Enfin, l’expatriation est surtout guidée par des effets de mode. Dans les années 2000, les pays de l’Est étaient en plein boom économique après la chute de l’URSS avec des taux de croissance annuels allant jusqu’à deux chiffres !
Aujourd’hui, les gens sont tentés par Dubaï notamment avec l’émergence des business d’influenceurs pouvant se gérer depuis n’importe où mais il faut bien avoir conscience des pros et cons. Dubaï a l’avantage d’avoir peu d’impôts, un écosystème d’entrepreneurs francophones, de nombreuses opportunités, et une vie sociale animée. Pour les cons : c’est une ville un peu en carton-pâte qui peut vite fatiguer par sa superficialité et qui a fortement tendance à vous enfermer dans une bulle qui peut vous faire perdre pied.
Quand je me suis expatrié, pensant partir pour vraiment longtemps, on m’a dit “tu verras, tu reviendras au bout de 10 ans”. Et effectivement, je suis rentré en France après 10 ans. Mon pays me manquait trop : envie d’entendre parler français, de manger de la baguette et du fromage. Les clichés ont la vie dure…
Ce que j'en retiens
Ce que je retiens vraiment de mon aventure d’expatriation, ce n’est pas tant que l’herbe est plus verte de l’autre côté de la vallée. Elle ne l’est en réalité pas vraiment. Ce que je retiens, c’est qu’en arrivant dans un nouvel endroit loin de chez soi on a le sentiment que tout est possible car on ne sait pas que cela ne l’est pas.
Ne connaissant pas les règles, les limitations et les problèmes inhérents à chaque pays ou administration, on fonce tête baissée poussé par un optimisme forcené et on brise tous les obstacles.
La vraie clé de la réussite liée à l’expatriation est donc ce sentiment d’invincibilité lié à tout changement de paradigme.
Pour briser vos plafonds de verre, il ne faut donc en réalité pas tant s’expatrier que de travailler votre état d’esprit.
- expatriation
- mindset
- internationalisation
- plafond de verre